L’araigne, Henri Troyat

J’ai lu mon premier Troyat.
Il est de ces auteurs comme ça, qui me semblent incontournables. Un peu comme visiter le Colisée si tu es de passage à Rome. Ou manger des boulets si tu visites Liège. Ou faire du torpédo à Amsterdam (en achetant des bulbes de tulipes ou du fromage au cumin) (#clichés).
Bon voilà quoi. Et Henri Troyat, c’est un peu comme les Gorges du Verdon, je n’ai jamais été mais ça a l’air bien et je sais que quand j’irai, je ne serai pas déçue.

Et je ne l’ai pas été de mon premier Troyat.
J’ai donc commencé avec L’araigne, roman qui ne lui valu pas moins que le prix Goncourt en 1938.

Pour commencer, je m’interrogeais sur le titre en lui-même : s’agit-il de « l’araignée » au masculin ? (Après lecture : cela aurait du sens en tout cas…).
Après m’être renseignée, j’ai découvert que le mot « araigne » (même mon correcteur automatique décrète que c’est une faute, décidément personne ne connait ce mot…) désignait un filet pour attraper les petits oiseaux, et qu’il s’agit d’un mot « vieilli ». Que plus personne n’utilise donc.
Araigne vient sans grande surprise du latin Aranea qui se traduit par «araignée», «toile d’araignée».
Nous sommes fixés et un peu plus intelligents.

Le titre a encore plus de sens (non pas que j’en doutais hein…) et nous allons voir pourquoi!

C’est plus une personnalité qu’il faut que je vous explique plutôt qu’une histoire…

Gérard est le seul homme de la famille Fonsèque depuis la mort de son père et dirige maintenant la petite famille : sa mère et ses trois soeurs : Luce, Elisabeth et Marie-Claude, la petite dernière. Il dédaigne la vie sociale, se targue d’être un intellectuel et n’a que très peu d’amis.
Il se satisfait en effet très bien de l’emprise qu’il exerce sur les quatre femmes. Il se nourrit et se repaît de son pouvoir sur chacune d’entres-elles. Les repas sont ses moments favoris puisqu’ils leur confèrent la pleine puissance : Gérard préside et a son mot à dire sur absolument chaque sujet abordé. Il se délecte de l’admiration des femmes de son clan et savoure chaque jour la place de choix qu’il occupe dans leurs vies.

Jusqu’au jour où, forcément… La première brebis galeuse ouvre la porte de l’enclos.
Luce se marie. Gérard n’assistera pas à la noce… Au moins, ça donne le ton.

Il faut alors lire pour le croire et voir de quels stratagèmes va user Gérard, affolé, pour rappeler les autres moutons au sein du troupeau.
Le jeune homme va vivre chaque évolution dans les vies de ses soeurs comme de purs affronts, va détester follement chaque homme qui entre dans le cercle familial, et va assister petit à petit à la destruction de ce filet qu’il s’était appliqué à tendre entre chaque partie de la tribu… Il s’emploie à dénouer absolument tout ce qui se noue autour de lui. Gérard ne manque pas de ressources et ne recule devant rien.

Lui qui ne vit qu’au travers de ses soeurs, qui elles, préfèrent ces hommes dépravés, immoraux et pervers, va sombrer dans la folie. Une folie qui le poussera à commettre l’irréparable.

Réellement et sans mentir, l’histoire de cet homme qui ne peut vivre pour lui-même et qui n’est rien sans l’emprise exercée sur d’autres est bouleversante. On pense que Gérard ne peut ressentir d’amour au vu de tous les actes qu’il commet mais je pense au contraire qu’il s’agit d’une sorte de trop-plein d’amour pour ses soeurs qu’il ne sait gérer…
Tout comme la perspective d’une solitude qui le terrorise. (#psychologiedecomptoir).
Je me souviendrai en tout cas longtemps du personnage de Gérard…

Toujours est-il que mon premier voyage au pays Troyat fut fort fort bon et ne sera sûrement pas le seul !

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