La fin de la nuit, François Mauriac

Vous vous rappelez de Thérèse ?
Thérèse Desqueyroux !
Dans l’article précédent, nous l’avions laissée sur « une fin presque heureuse »… Attention, je vais spoiler cette fin mettant ainsi un terme à beaucoup trop de suspens : en compagnie de son époux Bernard, elle montait à Paris dans le but d’y rester, seule, et ainsi mener sa vie comme elle l’entend.

Si vous vous imaginez une Thérèse guillerette, fraiche et rajeunie, trottinant maintenant sur le Boulevard des Capucines, ou rêvassant à la terrasse du Café de Flore (où ça des clichés ?), vous vous trompez. Mais totalement (désolée, moi aussi j’y ai cru).
Thérèse survit tant bien que mal dans la capitale, se terrant dans son petit appartement, ne tolérant que la présence de sa bonne Anna. Toute entière rongée par l’acte dont elle a été l’auteure quinze ans plus tôt. Se suicider ? Thérèse a peur de la mort. Plutôt paradoxal quand on sait qu’elle l’invitait encore et encore, chaque jour un peu plus dans la grande maison de Saint-Clair.

Jamais je n’avais été au courant que François Mauriac avait donné une suite au premier roman (pas cool, François, t’aurais quand même pu me tenir au courant, je suis ta plus grande fan)… Alors, quand, au détour d’un magasin de seconde main, je pris ce Mauriac et, le retournant, lus ceci : « Ce roman est la suite de THERESE DESQUEYROUX (oui, c’était écrit en MAJUSCULES ) précédemment paru dans la collection Le Livre de Poche. », je manquai de tomber de ma chaise (heureusement que j’étais debout, quoi).

Bref, j’étais donc en joie de retrouver Thérèse même si au vu de l’illustration de couverture, je me doutais que ça n’allait pas fort.
Mauriac nous prévient que son intention n’était pas de réellement de donner une suite à son livre mais bien de dresser le portrait d’une femme à son déclin. SPOIL ALERT : c’est réussi.

Thérèse en est donc réduite à retenir quelques instants de plus sa bonne chaque soir où elle est de sortie, plus aucunes nouvelles de son mari, de sa fille, ni de personne d’Argelouse, aucune perspective d’avenir et un coeur qui flanche un peu trop souvent.

Un soir (béni ou maudit ?), quelqu’un ose troubler cette mortelle tranquillité. Mais qui ?
Marie, sa fille unique, pour laquelle, soyons clair, elle n’a jamais réellement ressenti une once d’amour. Mais Thérèse est presque folle de joie à l’idée de cette venue inattendue, qui la sort de sa torpeur. Elle sort même le champagne, c’est dire. La petite Marie, qui a maintenant 17 ans, n’est pas montée à Paris dans l’unique but de saluer sa mère, non, elle a ce qu’on appelle l’amour en tête et le goût de l’interdit. Son cher et tendre Georges Filhot, originaire de la Lande lui aussi, se trouve désormais dans la capitale pour ses études. Elle a donc fait fi de l’interdit paternel et a prit le train seule pour Paris.
Mère et fille vont passer la nuit à parler de la passion de Marie pour Georges.

J’obtins également la réponse à une question que je m’étais posée lors de la lecture du premier roman… Marie est-elle au courant des méfaits de sa mère commis quinze ans plus tôt ?
Eh bien… non.
Elle va le découvrir au fil de l’histoire grâce aux demi-mots lancés par sa mère tout au long de leurs échanges. Elle qui pensait que sa mère était partie dans le but de vivre sa vie de femme libre…

C’est comme si Thérèse avait le don d’anéantir tout ce qu’elle touche.

Georges, celui pour qui bât le petit coeur de sa fille unique, ne peut résister aux charmes et aux avances dissimulées de Thérèse. Tant qu’à gâcher la vie de son mari, autant faire de même avec celle de sa fille.

Autant Thérèse m’était apparue comme prisonnière de sa vie dans le premier livre, arrivée là par hasard, épouse et mère de famille un peu par convenance, héroïne maudite de sa vie, autant dans cette histoire, elle m’apparaît comme une sombre destructrice, ne pouvant s’empêcher de causer torts et dommages partout où elle passe. C’était peut-être ça au fond son véritable caractère…
Je ne sais pas si je dois remercier Mauriac pour ces précisions sur le personnage mais toujours est-il que, même déçue par ses agissements, j’ai apprécié de passer encore un peu plus de temps en sa compagnie.

Thérèse ou cette machinerie complexe et indéchiffrable de sentiments cohabitants dans un même espace.

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