Dans un mois, dans un an, Françoise Sagan

Tranquillement posée sur le siège passager de la voiture, je file vers le sud.
Notre charrette toute ferrée quitte les jolis petits chemins très Bovarysé de Normandie pour grimper sur l’autoroute. Tout de suite fort moins intéressant. Je me retourne donc et attrape le premier livre qui me vient, sur la banquette arrière. (Ne va pas croire que chez nous les voitures sont pleines de livres hein, je les avais posé là exprès.)
«  Dans un mois, dans un an » de Françoise Sagan. Une édition de 1982, achetée en seconde main dans une ressourcerie quelques temps auparavant.
Une couverture bien kitsch mais pas de prénom gribouillé sur la première page. Zut.
Qu’à cela ne tienne.

Ca y est. A peine les premières page entamées, je retrouve ce doux parfum d’années 60 que j’aime tant chez Françoise (oui je me permets de l’appeler Françoise, ça fait un moment maintenant qu’on se connait elle et moi.)

C’est l’histoire d’un tas de personnages portant des noms à fortes consonances sixties qui fréquentent les repas branchés du couple parisien Maligrasse : Alain et Fanny, des cinquantenaires fort sympathiques.
Il y a d’abord Bernard, écrivain peinant à boucler son roman en cours, marié à Nicole, qu’il n’aime plus (l’a-t’il jamais aimée ? Oui mais ce fut plutôt furtif et bref. Pauvre Nicole.)
Bernard est fou de Josée, une jeune fille au cheveux couleur charbon fréquentant un certain Jacques, une sorte de sosie de Channing Tatum version années 60. Mais si tu sais bien, fort bien fait mais le regard un peu trop vide.
Bernard et Josée sont les mêmes, ils « se ressemblent », « sont de la même espèces ». Pour cette cruelle raison, ils savent pertinemment que jamais ils ne pourront être ensembles.

A ces dîners, on retrouve aussi la sublime Béatrice, diva dans tous le sens du terme, jeune actrice montante, peu intéressante mais fort intéressée.
Fort intéressée ici en l’occurrence par les beaux yeux d’un certain Jolyau, metteur en scène qui se verrait bien confier le premier rôle de sa prochaine pièce à la petite star blonde (je ne sais plus si elle l’est vraiment, blonde, mais je l’imagine fort bien ainsi, vois-tu.)

Perdu au milieu de tout cela, le jeune Edouard, neveu d’Alain Maligrasse, débarqué tout fraichement du fin fond d’une jungle encore inexplorée des parisiens, comprendre : Caen.
Celui-ci s’éprend de l’ersatz de BB, comme il fallait s’y attendre (ou pas d’ailleurs.)

Comme si cela ne suffisait pas, l’oncle d’Edouard, Alain est lui aussi, et ce depuis des années, épris de le blonde peroxydée (je ne sais pas si elle l’est, peroxydée, mais enfin, tu auras compris que ce personnage m’aura bien énervé). Sa tendre épouse Fanny accepte tout ceci sans broncher.
L’indifférence de Béa lui va plutôt mal au teint puisqu’il sombre lentement mais sûrement dans l’alcoolisme.

Je t’ai concocté un petit schéma pour tenter d’y voir plus clair. De rien.

Voilà. Tu auras compris que tout ceci est un beau bazar où chacun est en fin de compte très malheureux.
Le ton est simple, sans détours, tranchant… du beau Sagan. Les histoires vouées à l’échec de ces gens qui se croisent et s’entrecroisent autour de la table du couple Maligrasse sont succulentes bien que légèrement désabusées, mais c’est là tout l’intérêt.
Sagan arrive à mêler histoires de cœurs déprimantes, Paris en ébullition, papier peint sixties à fleurs (c’est un pléonasme ça, non ?), alcoolisme et tromperie, comme elle seule sait le faire.

Nous quittions l’autoroute que je l’avais terminé.

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